29.11.2011
La culture indignée existe déjà
Je crois qu'il est essentiel, pour structurer un mouvement, pour lui donner une âme au delà des corps indignés rassemblés par endroit, de faire prendre conscience à chacun de la globalité des idées et des indignations.
J'affirme que l'origine du mouvement est, ne peut qu'être, le livre - fondateur, sans être une bible - de Stéphane Hessel. Quiconque niera cela est un âne, un aveugle, un imbécile qui parle trop vite. C'est ce livre qui a mondialement réveillé les consciences en se vendant comme des petits pains multipliés par la grâce de Saint Gutenberg.
L'origine réaffirmée par pure obligation déontologique, passons à autre chose. Revenons à la culture.
Sur le parvis de La Défense, les CRS s'en sont pris à un dome de cartons dorés assemblés par l'assemblée. (voir ci-dessous, deux ou trois messages plus tôt)
Le 18 novembre 2011, Occupy Wall Street à New-York a été délogé manu-militari. Ils se sont fait asperger de gaz par un policier (le lieutenant John Pike). Images tournées, diffusées, exaction rapidement connue de la terre entière :
... Les indignés savent manier les communications numériques ! (Tout comme les KeufWatch, qui, en direct, filment les abus policiers et les diffusent sur youtube et consors. Des liens sont à faire entre indignés de partout...)
Comment affirmer qu'une culture indignée existe ? Pourquoi cela est-il essentiel ?
La réponse à "comment" passe par un site que j'adore. Consacré au graphism. Deux articles y parlent des indignés, je les avais déjà partagés sur FB, mais pour mémoire les revoici.
- Violences policières et graphisme : suite au gazage, les détournements artistiques de la scène d'actualité se sont multipliés sur la toile. On dirait du Warhol appliqué. Le policier, découpé, se retrouve plaqué sur des dizaines de supports décalés. C'est jouissif ! & subversif.
- Une sélection des affiches Occupy Wall Street : moi j'y vois une forte résurgence du mouvement de mai 68. C'est évident dans la signification des icônes produites.
Mais ce n'est pas tout. Il y a youtube, FB, le réseau social ning (en grande partie controversé me semble-t-il du fait de la dissociation intrinsèque entre le terrain, d'une part, et le virtuel, d'autre part), autant de sites où se met en place une autre forme de discussion... Une grande agora virtuelle vient compléter la présence et l'occupation de terrain, irrigant les cerveaux et nourissant l'indignation.
La réponse à "pourquoi" est essentielle : il faut que chacun soit conscient du monde où il vit, de la planète qui l'héberge, de la ville où il travaille et que cette lecture soit faite en regard des messages diffussés par les Indignés. Cela passe par la culture. Sans culture, on peut dire que les Indignés sont inexistants. Avec une culture, ils sont vivants.
Or on assiste réellement pour moi à un retour de l'esprit libertaire de Mai 68. Je ne suis pas Einstein et mes parallèles sont grands, cependant malgré toutes les critiques qui pourront être faites sur cet avis, je tiens à le considérer pour mettre en abîme la répression que rencontre les indignés.
Soyons honnête : la répression n'est pas si violente que ça (pour l'instant, mais que l'indignation grandisse et l'on verra ce qu'il en est réellement des velléités de répression). On est loin des affrontements de mai 68 entre factions étudiantes et CRS. Non ? Cependant, il n'a jamais été impossible à l'esthétique de Mai 68 de couvrir les rues. Ici, si. Ils - les soixanteuitards - ont érigés des barricades au final, mais au départ, ils chantaient dans les rues, s'exprimaient sur les murs. Ce n'est plus possible aujourd'hui : " Indignés, restez dans le virtuel. Ne faites pas apparaître dans nos rues votre esthétique indignées, surtout ! " Il y a une violente répression contre la culture indignée - la volonté de faire disparaître leurs cartons et leurs constructions - que je trouve très proche d'une attitude passéiste contre un art que l'on nie automatiquement car on craint son pouvoir d'éveil. "L'art contamine" a dit un grand sage que l'on appelera RZ par soucis de précision. Ô oui, l'art contamine ! Merci au Grand artiste :-)
Alors... Restez dans le virtuel ? A mon avis, c'est une grave erreur, car les indignés veulent reprendre la maîtrise physique de leurs vies. Ils veulent réveiller leurs corps et le corps de l'humanité. Il faut donc répandre cet esthétisme à la surface des villes, au contraire. Et faire éclater ainsi la coque intellectuelle qui recouvre nos pensées à tous. Il faut viser à la mobilisation des corps sur les places publiques. Cependant soyons réaliste : l'hiver vient ; et il fait froid en hiver.
Si l'on nous pousse à exister dans le virtuel, ne faut-il faut pas s'en servir ? Et, pendant que l'hiver fait craquer les trottoirs de goudron, organiser le virtuel... histoire d'être prêt à éclore comme des bourgeons. Ce n'est qu'ainsi que l'on réussira à mobiliser en cette fin 2011 les citoyens qui ne peuvent pas, matériellement, laisser leurs familles et dormir dehors. Les citoyens sont préoccupés par la crise, par les fêtes de noel, par les vacances, par la grippe. Ils n'ont pas trop la tête à dormir dehors. Désolé de devoir l'écrire. Les indignés doivent arriver à s'afficher vrtuellement suffisamment clairement pour éclabousser de leurs idées le monde entier dès qu'il faudra en passer par là.
Amis, indignés : nous existons. Nous existons vraiment. Nous sommes des corps unis par une idée. Je vous rappelle ce document, récolté durant une marche de 1 700 kilomètres, d'Espagne en Belgique, passant par la France. Un témoignage européen à lire avant de demander ce que réclament les peuples.
Nous devons nous coordonner, à la fois sur le terrain et sur les pages FB. Nous devons cesser de nous diviser sur des moyens pour continuer à nous réunir sur des idées. Ces idées sont diverses et partent dans tous les sens. C'est la spécificité des Indignés.
Moi je pense qu'il faudrait prévoir globalement, partout, mondialement, pour le 1er janvier une grande manifestation artistique. Une sorte de voeux de bonne année qui promette vraiment aux humains, aux citoyens, une meilleure vie.
Au-delà du lien avec mai 68, évidence immédiate, les Indignés me rappelle un type sacrément bien. Un type qui voulait changer le monde. Un humaniste. Un immense bouffon, qui chantait la misère avec un nez de clown. Vous voyez de qui je veux parler ? Il nous a laissé ses restaus... Et son coeur.
Si Coluche a été tué, s'il s'est crashé tout seul sur une route, je n'en sais rien. J'espère qu'il s'est crashé, parce que sinon... Mais je crois que Coluche est vivant, qu'il a rencontré Hessel et qu'ils ont enfanté (Hessel serait-il homo ? Naannnnn, putain le scoop !), en France, les deux ont donnés des Indignés coluchistes.
10:47 Publié dans Actualités, Loisirs/Culture, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : indignés, culture, ning




Les commentaires sont fermés.